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Samedi 13 janvier 2007

Enzo TRAVERSO,   Le Passé, mode d'emploi. Histoire, mémoire, politique, La Fabrique, 2005, 130 p.

 

 L’actualité nous invite à comprendre le passé, à démêler les rapports entre histoire, mémoire et politique qu’entretiennent les sociétés et les individus avec eux-mêmes. Quand le Vatican est embarrassé par le passé d’informateur politique communiste d’un ex-futur archevêque polonais, cela montre qu’un travail de mémoire doit être fait par la société polonaise, travail qui est aussi tellement politique...

Enzo Traverso, politiste et philosophe, enseigne les sciences politiques à l’université de Picardie, et a publié entre autres Les Marxistes et la question juive. Histoire d’un débat en 1990, Le Totalitarisme. Le XXe siècle en débat en 2001, La Violence nazie. Une généalogie européenne en 2002, La Pensée dispersée. Figures de l’exil judéo-allemand en 2004).

Cet essai s’ouvre sur la proposition d’Antonio Gramsci : « L’histoire est toujours contemporaine, c’est à dire politique » et s’articule autour de six contributions, dont certaines ont déjà été publiées :

- Le premier chapitre reprend la question des rapports entre histoire et mémoire. L’historien est certes redevable de la mémoire mais il contribue aussi à la former et à l’orienter.

- Le second, s’appuyant sur la distinction entre mémoires «fortes» et mémoires «faibles», analyse les processus d’historisation de certaines mémoires. Plus la mémoire est «forte», plus sa mise en histoire est susceptible de se concrétiser. L’auteur souligne combien mémoire et histoire interagissent en permanence.

- Le troisième chapitre étudie la posture de l’historien entre juge et écrivain.

- Un quatrième chapitre s’interroge, à partir des situations contrastées de la mémoire de la Shoah comme «religion civile» et l’éclipse de la mémoire du communisme, sur les usages politiques du passé.

- Le chapitre suivant ouvre logiquement sur les dilemmes des historiens allemands. Enzo Traverso montre comment et pourquoi le concept de «fascisme» — jadis central chez les historiens de la RDA — a quasiment disparu de l’historiographie allemande depuis la réunification. Cette disparition est une conséquence du consensus à la fois antitotalitaire libéral et «anti-antifasciste», et de l’émergence d’une conscience historique fondée sur la mémoire de la Shoah.

- Un dernier chapitre analyse les métamorphoses du concept de «révisionnisme». L’auteur préfère ne conserver ce concept que pour la controverse soulevée par Bernstein au sein de la social-démocratie allemande, et signale les dérives d’un usage non contrôlé.  

 Ce petit livre de 130 pages est très stimulant pour qui s’intéresse à l’histoire et à la politique. Il peut être mis à disposition pour prêt à la fédération.

par Jean Philippe CONTESSE publié dans : Lire
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