La publication récente de deux livres sur la démocratie participative nous donne l’occasion de revenir sur ce thème important, porteur d’espoirs et de
renouveau politique :
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Yves SINTOMER, Le pouvoir au peuple, La Découverte, 178 p., 13 €.
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Marc CREPON et Bernard STIEGLER, De la démocratie participative, Mille et une nuits, 116 p., 10 €
« La proposition de Ségolène Royal de mettre en place des jurys de citoyens pour évaluer l’action des élus a suscité des réactions extrêmement vives (ont
été évoqués pêle-mêle Pol Pot et Mao, la Terreur et Pétain !). L’idée d’une démocratie participative mérite-t-elle autant d’indignité ? Quelles sont ses dynamiques potentielles, à quels
défis se heurte-t-elle ? » (Yves Sintomer, La revue parlementaire, décembre 2006)
Yves Sintomer appelle à sortir d’un républicanisme classique à la Sieyès qui pensait que les citoyens « nomment des représentants bien plus capables
qu’eux-mêmes de connaître l’intérêt général, et d’interpréter à cet égard leur propre volonté ». Pour lui, « la conscience se fait jour que la politique n’est pas forcément un jeu à
somme nulle, où les élus devraient par force perdre du pouvoir s’ils étaient amenés à le partager : si la politique dans son ensemble regagnait en crédibilité, tout le monde n’aurait-il pas
à y gagner ? (...)
Bien sûr, la démocratie participative n’est pas une recette miracle et les expériences engagées sont confrontées à une série de défis :
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Comment assurer une participation quantitativement significative et socialement représentative de l’ensemble des citoyens ?
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Comment surmonter les problèmes d’échelle et faire du local ou du sectoriel un tremplin plutôt qu’un piège, en évitant les corporatismes et l’esprit de
clocher ?
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Comment intégrer les savoirs citoyens à la modernisation de l’Etat, afin que les services publics soient réellement au service du public ?
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Comment permettre une délibération de qualité ?
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Comment la démocratie participative peut-elle déboucher sur plus de justice sociale ?
Elle doit certes affronter de sérieux défis et génère des problèmes nouveaux, mais l’enjeu n’en vaut-il pas la chandelle ? Des budgets participatifs aux
jurys citoyens, n’est-il pas urgent de multiplier les expérimentations ? »
Michel Noblecourt, dans Le Monde du 17 avril 2007, à propos des deux ouvrages qui nous occupent, écrit : « C'est bien en amont de la
présidentielle que Ségolène Royal a remis au goût du jour la démocratie participative. En novembre 2002, la députée des Deux-Sèvres avait défendu à l'Assemblée nationale la "République des
citoyens" fondée sur "la mise en place de contre-pouvoirs". Quatre ans plus tard, candidate à l'investiture socialiste, elle se faisait traiter de populiste en proposant des jurys
de citoyens tirés au sort pour évaluer l'action des politiques.
Yves Sintomer a un parti pris, celui d'"avancer résolument" vers cette "utopie concrète" de la démocratie participative. Inquiet de l'"inculture" de nos politiques,
le sociologue rappelle que l'outil du tirage au sort fut "massivement utilisé pendant l'âge d'or de la démocratie athénienne". C'est sur ce principe que les inventeurs de la démocratie fondèrent
le grand conseil d'Athènes, "la Boulé", jugeant que l'élection relevait d'une "logique aristocratique" conduisant à sélectionner les meilleurs, alors que le tirage au sort garantissait "l'égale
liberté des membres de la cité". Les républiques médiévales et renaissantes italiennes restèrent fidèles à cette procédure, avant qu'à la fin du XVIIIe siècle le tirage au sort tombe en désuétude
en politique pour être réservé aux jurys d'assises.
Yves Sintomer s'interroge sur l'énigme historique de cette éclipse et relève une étonnante série d'avis favorables. Pour Montesquieu, "le sort est une façon d'élire
qui n'afflige personne". Tocqueville juge que "le jury, qui est le moyen le plus énergique de faire régner le peuple, est aussi le moyen le plus efficace de lui apprendre à régner". L'auteur
décrit la "floraison d'expériences", du début des années 1970 à la fin des années 1980, aux Etats-Unis, au Danemark, en Allemagne, en Grande-Bretagne, avec les jurys citoyens, les sondages
délibératifs, les conférences de consensus. Sans occulter les failles, il dresse un bilan positif : "Contre l'idée rabâchée (...) que le recours au tirage au sort aboutit à désigner des médiocres
et des incultes incapables d'orienter la cité de façon sensée, l'expérience montre qu'une participation organisée de façon délibérative n'est pas seulement démocratique mais qu'elle aboutit à des
résultats raisonnables."
Le livre des philosophes Marc Crépon et Bernard Stiegler parle même d’un nouvel "european way of life". »